Théâtre Alphonse-Desjardins

ARCHITECTES Saia Barbarese Topouzanov architectes, Claude Cormier architectes paysagistes
EMPLACEMENT Repentigny, Canada
DATE 2018
CLIENT Ville de Repentigny

Équipe: Dino Barbarese, Vladimir Topouzanov, Camille Lefebvre, Flavia Socol, Sophie Trépanier-Laplante

Finaliste

Onde
.1 Littéraire et vieilli : L’eau dans la nature (mer, lac, rivière, …)
.2 Sciences : Déformation, ébranlement ou vibration qui se propage dans un milieu donné.
Fondée en 1670 par Jean-Baptiste Le Gardeur, Repentigny est l’une des plus vieilles villes de la grande région montréalaise… Cette époque est maintenant révolue. Repentigny n’est plus un milieu de villégiature, mais une ville jeune […] qui se préoccupe de son environnement et de la qualité de vie de ses habitants. – Extrait du site internet de la Ville de Repentigny

La vision de la ville
La préoccupation évoquée a mené la Ville à se doter d’un Espace Culturel, la culture étant vue comme une composante du développement durable, dans une perspective de partage et transmission des savoirs et de creuset de créativité.Le lieu est déjà choisi. En marge des berges du Saint-Laurent, dans l’axe de la rue Lebel qui le relie au parc de l’île du même nom, il est bordé par l’église et le cimetière à l’est et il rejoint au nord le parc Thifault et la bibliothèque. Allées et passages le structurent déjà tandis qu’un premier bâtiment, le Centre d’art Diane-Dufresne, a été construit en 2015 sur le site circonscrit par la croisée des allées et des passages. Là, une salle de spectacles et le parvis qu’elle partage avec le Centre d’art doivent être aménagés.

Le programme
D’une superficie de quelque 2 700 mètres carrés, la salle doit accueillir un large éventail d’activités artistiques, sociales et communautaires. Sa fonction déborde donc de la notion restreinte d’un lieu de spectacles. Dans cette optique, foyer et parvis ne sont pas que des lieux d’attente et d’accueil, mais aussi des lieux de diffusion culturelle et d’activités sociales. La synergie est ici de mise: architecture, ingénierie et paysage doivent s’inscrire dans une conception intégrée.

Le parti
Le parti s’inspire de la notion d’onde. Elle relie l’eau, le son et la lumière, toutes composantes du lieu et des activités qui s’y dérouleront. Formes fluides, inflexions, ondulations, reflets composent une architecture et un paysage ludiques offerts à l’interprétation.

Le volume stratifié
Salle et foyer sont le cœur du nouveau bâtiment. Ils se rejoignent pour former un même volume qui se dégage en relief de celui, plus bas, des fonctions de soutien administratives et techniques. À partir de la scène, le toit blanc s’incline progressivement vers le parvis pour se terminer en une marquise qui surplombe ce dernier.Tout de verre et de double hauteur, le foyer s’ouvre entièrement vers le parvis et vers les allées des Artistes et de la Création. Une mezzanine y est perchée, en continuité du balcon de la salle et accessible par un escalier posé au sol du foyer à l’ouest. À l’est, la mezzanine se poursuit à l’extérieur et se décline en gradins qui donnent vue à la fois sur le parvis, les jardins, le bassin du Centre d’art, l’église de la Purification et le cimetière, ainsi que sur le foyer lui-même.

Les façades
Au jeu des toits et volumes imbriqués répond celui des façades. En surélévation des toits, un parement métallique aux tons variés de gris métallisé revêt le volume émergeant en retrait. Le foyer, les couloirs et les locaux qui longent le volume bas reçoivent, eux, une façade de verre qui se déploie tout autour du bâtiment. Sur le thème de l’onde, un verre sérigraphié et dichroïque est proposé. Le motif sérigraphié reproduit l’image des variations d’amplitude d’une onde, alors que le filtre dichroïque donne au verre une coloration différente selon les conditions d’observation. Ensemble, ils composent une façade chatoyante dont la perception varie au gré de la lumière, du temps de la journée, du point de vue de l’observateur et des silhouettes furtives filtrées par le motif sérigraphié. Une attention particulière est portée à l’organisation des espaces intérieurs pour que la lumière naturelle les desserve et pour que la façade de l’allée des Artistes soit ouverte et animée, à l’égal de celle de l’allée de la Création.

La salle
Un même propos sous-tend le jeu de couleurs et tonalités qui anime la salle. De par sa programmation, la salle n’est pas strictement une boîte noire dotée d’équipements scéniques, tous dédiés à ce que l’attention des spectateurs soit centrée sur la scène. Il arrive qu’elle remplisse cette fonction, mais il arrive aussi qu’elle accueillie un événement dont elle doit participer à l’ambiance. Encore plus, elle doit permettre une acoustique adaptable aux diverses activités qui s’y déroulent. Pour répondre à ces besoins, un lambris de panneaux de bois, certains perforés et absorbants, d’autres opaques et réfléchissants, revêt ses murs, dans un dégradé de rouges allant du clair au foncé vers la scène et vers le plafond technique (le rouge est ici illustré, mais le principe du dégradé demeurerait indépendamment de la couleur). Le lambris crée ainsi une atmosphère et confère une présence à la salle elle-même. Cette présence s’efface ou s’affirme au gré de l’éclairage, de la configuration de la salle et de l’événement qu’elle accueille.

Le foyer
En continuité avec ses parois intérieures, les parois extérieures de la salle sont en bois, mais d’une teinte naturelle douce. Visibles du parvis et des allées, elles expriment le volume de la salle. Elles sont posées sur le plancher de béton poli du foyer et rejoignent un plafond de métal perforé sous la mezzanine et au sommet du foyer. Réfléchissant et se poursuivant au soffite de la marquise, ce plafond renvoie de l’un vers l’autre les images des activités qui se déroulent sur le parvis et dans le foyer. Le métal réfléchissant du plafond du foyer répond à celui des colonnes extérieures du Centre d’art, tout comme le lambris de bois qui revêt la salle fait référence à celui employé dans les volumes expressifs du Centre. Par sa forme, davantage apparentée à un relief sculpté par le temps, la salle affiche cependant son identité distincte dans l’Espace Culturel.

Le parvis – Rond d’eau, ronde
Espace doux, fluide et accueillant, le parvis sert de trait d’union entre le Centre d’art, la salle de spectacles et le paysage environnant. Ainsi, il est proposé de décaler légèrement les débarcadères d’autobus pour assurer un lien plus soutenu avec les jardins, le cimetière et sa croix située dans l’axe du parvis, du côté est, et avec les allées piétonnes et cyclables, du côté ouest. Des gradins circulaires, un bosquet d’érables argentés, un rond d’eau peu profond qui se remplit et se vide selon le temps et les événements programmés, trois îlots d’arbustes et un mobilier flexible – des chaises –, sont déposés sur un sol de pavés blancs dont le pourtour en arcs de cercle qui s’unissent crée une forme à interpréter. Pour les uns, elle symbolisera une ronde, pour d’autres, le profil d’un nuage, pour d’autres encore, les ondes qui s’entrecroisent quand la pluie frappe une étendue d’eau. Cette forme organique est reprise par un cerceau aérien, lame d’acier inoxydable poli élevée à 14 mètres de hauteur et supportée par de fines colonnes plantées en périphérie du parvis. Léger et brillant, ouvert et rassembleur, le « nuage » se fond dans le ciel. Toutefois, sa présence manifeste vient renforcer le rôle de trait d’union de l’ensemble de cet espace, apporte au site une autre dimension et permet de dépasser les seules fonctions d’accueil de composantes programmatiques et d’espace public. Visible depuis les deux bâtiments, il flotte au-dessus de leurs toits et devient le point de repère de l’Espace culturel et un élément caractéristique du paysage de ce secteur de Repentigny.