Pavillion du Canada pour Expo Shanghai 2010

ARCHITECTES SAIA BARBARESE TOPOUZANOV
EMPLACEMENT Shanghai, Chine
DATE 2010
CLIENT Cirque du Soleil

Équipe: Mario Saia, Vladimir Topouzanov, Sam Yip 

LE SITE ABSTRAIT

En Chine, à Shanghai. En bordure de l’hypothétique place des Amériques, face à l’emplacement du pavillon rassembleur des pays de l’Amérique latine et non loin de celui des États-Unis, un rectangle arasé de 113 mètres sur 63 mètres est octroyé au Canada pour ériger son pavillon. Mise à part la probabilité que les deux pavillons voisins seront imposants, peu de précisions viennent concrétiser ce site. Il devient donc un écran propice aux projections, aux inventions et aux appropriations. 

LE SITE COMME MÉTAPHORE DU CANADA

La fabrication imaginaire du site.

L’eau

Dans cette immensité nordique, entre trois océans, l’Atlantique, l’Arctique et le Pacifique, l’eau salée déchiquette les bords du territoire, s’insinue jusqu’en son cœur par de larges échancrures, golfes, baies, détroits. L’eau douce omniprésente alimente fleuves, lacs et rivières, descend des montagnes et des glaciers. Elle favorise la pénétration du continent, les échanges entre les habitants, la fondation des villes.

La forêt

Sa verdure couvre près du tiers de la superficie. De la toundra vers le sud, elle se densifie naturellement puis s’éclaircit du fait de l’activité humaine. Les villes s’y taillent de larges clairières.

La nordicité

Du Grand Nord jusqu’aux froidures saisonnières du sud, une lumière particulière et la blancheur  envahissent le pays tandis qu’en d’autres temps les couleurs les plus vives comme les plus délicates se relaient, s’étalent, tantôt dominantes et crues, tantôt chatoyantes.

Les villes sur le ruban tempéré

D’Est en Ouest, les agglomérations s’établissent principalement en bordure sud du cinquantième parallèle, sur un territoire allongé qui va en deçà du 60ième méridien jusqu’au delà du 130ième. L’arc de ce long ruban se noue en boucle virtuelle dès que les communications relient les régions, dès qu’une même appartenance, une même volonté de vivre ensemble se dessinent et rallient tous les citoyens, quel que soit leur lieu d’habitation dans le pays.   

UN PAVILLON INCLUSIF

L’architecture superpose et imbrique une série de métaphores. La première, celle du pays, sert de site à la  seconde, celle de la ville qui elle-même inclut celle de la place urbaine.

Le parti architectural distingue deux entités étroitement liées:

Le bâtiment, ruban en boucle

La place circonscrite ou la cour intérieure 

Le bâtiment

En référence à la disposition territoriale des villes décrite ci-dessus, l’édifice, une longue barre (ruban), vient se lover avec souplesse entre les limites exigües du périmètre du terrain qui lui est réservé. Il soutient de cette manière l’idée de la boucle rassembleuse malgré les distances. Cette linéarité en continu entre  l’entrée et  la sortie convient au programme de représentations publiques qui, à l’intérieur, feront se dérouler une succession d’événements. Leur point de départ s’effectuera dans la cour intérieure laissée libre au centre du pavillon qui l’englobe.

Centre,  place ou chambre urbaine, lieu où se résume et se cristallise le fait d’habiter la ville

Cette cour intérieure évoque la ville. Il s’agit d’une chambre urbaine, une place  par les dispositions physiques qu’elle adopte et par les caractéristiques  qui en découlent. Premièrement, elle est poreuse. Tantôt posé sur le sol, tantôt en lévitation, se soulevant, se redressant, le ruban-édifice ménage  des passages équivalents à des rues, ruelles et venelles qui invitent les visiteurs à se diriger vers une place centrale. Côté ouest, l’un de ces passages abrités se glisse sous les pentes ascendantes de la construction. Il enjambe un bassin d’eau à la fraîcheur engageante. Côté Place des Amériques, l’entrée se fait à ciel ouvert, par une large échancrure du bâtiment avec, adjacente, la protection accueillante des deux extrémités soulevées et décalées l’une par rapport à l’autre. Côté nord, une passerelle relie le chemin surélevé pour  aboutir également au centre.  Tous ces  accès variés rendent le pavillon perméable à la curiosité du visiteur  attiré vers cette place  entrevue,  intrigante par son ambiance et ses activités. Deuxièmement, elle est inclusive. Les parois qui  circonscrivent la place la définissent. Celles-ci, tantôt se recouvrent de verdure, tantôt de surfaces réfléchissantes qui, sans faire perdre le sens de l’enclos protecteur et enveloppant, prolongent insensiblement l’espace vers des ailleurs possibles comme des échappées sur le ciel ou les paysages illimités d’un vaste  pays. Les parois  en outre agissent comme cadre et ont le pouvoir de concentrer les regards vers le centre névralgique qu’elles déterminent. Ce lieu, comme la place urbaine,  résume en lui la ville, la met en abîme parce qu’il favorise rencontres, échanges, collaborations et participation. La créativité peut s’y déployer, provoquer l’événement sous un mode artistique et ludique. Un vélum recouvre la partie attente et protège les visiteurs du soleil ou de la pluie. Des formes s’apparentent à des arbres de façon non littérale. Plantés en des endroits stratégiques, ils viennent, de leur incongruité, pointer avec humour la nécessité de leur présence organique en tant que  poumons des villes. Les tables de terrasses, une scène de spectacle, permettent de tromper l’attente ou de se restaurer comme de s’attarder. 

LA CONSCIENCE D’HABITER

La conscience d’habiter la place, la ville, le pays, s’étend  désormais à la planète. Elle s’assortit de l’évaluation des ressources limitées disponibles en regard des demandes humaines grandissantes. Une amorce de solution à ce déséquilibre voit le jour avec la mise en oeuvre du développement durable et avec la nécessité de préserver la qualité de l’environnement. Le ruban en boucle acquiert cette nouvelle dimension. Il peut ceinturer la terre, relier les villes entre elles et exprimer une préoccupation commune à tous les habitants. En tout premier lieu, celle-ci a à voir avec la qualité de vie de ces habitants  Elle conditionne l’érection du pavillon dans le choix des matériaux et des procédés de construction, elle en infléchit le design et prend en charge le bien-être des visiteurs.